Contre les idées reçues

Notre collectif se bat contre la pilophobie et la dictature du glabre, et pour l’acceptation de la pilosité féminité. Comme d’autres féministes impliquées dans cette lutte, nous recevons beaucoup d’objections. Voici des réponses aux plus fréquentes d’entre elles.

Les poils, c’est moche
A gauche, jambe normale d’homme, comme on en voit tous les jours en été ; à droite, jambe horrible de femme (extraits d’une pub Brice et d’une pub Adidas).

La beauté et la laideur sont relatives, et dépendent de normes culturelles. Dans l’ouest du Sahara, l’obésité est considérée comme un signe de beauté. En Chine, pendant près de mille ans, c’était les pieds déformés (pour avoir l’air petits) qui étaient perçus comme beaux chez les femmes : les pieds laissés à l’état naturel étaient considérés comme absolument affreux et ridicules sur une femme, mais pas chez un homme (ça ne vous rappelle pas les poils des jambes chez nous ?).

Par ailleurs, l’on ne voit jamais de femmes avec des poils, que ce soit dans les médias ou dans la « vie réelle » (une immense majorité de femmes enlèvent les poils des jambes et des aisselles, ou les cachent). Il est donc normal de trouver la pilosité féminine choquante : notre œil n’y est pas du tout habitué. Si la pilosité féminine était plus visible, on ne la trouverait pas si laide et aberrante.


Les poils, ce n’est pas féminin

Variante : « Les femmes qui gardent leurs poils veulent ressembler à des hommes » (!)

Nous trouvons ce genre d’affirmation stupéfiante. Les femmes ont naturellement des poils sur leur corps. Ces poils ne sont pas “masculins”, ils sont féminins puisqu’ils sont portés par femmes !

Pour démontrer l’absurdité de ce genre d’affirmation, on peut reprendre l’exemple des pieds bandés en Chine. A la fin du XIXème siècle, le diplomate et sinologue britannique Herbert Giles mentionna dans sa traduction des Contes extraordinaires du pavillon du loisir les raisons évoquées par les Chinois·es pour bander les pieds des femmes. La première était celle-ci : « Si les pieds d’une fille ne sont pas bandés, les gens disent qu’elle ne ressemble pas à une femme, mais à un homme ; ils se moquent d’elle, l’insultent, et ses parents ont honte d’elle ». Aujourd’hui, le regard des Chinois·es du passé nous semble absurde : comment croire que les pieds naturels d’une femme puissent être « masculins » ? Certes, les pieds des femmes sont en moyenne plus petits que les hommes, mais doivent-ils être totalement recroquevillés pour paraître « féminins » ? Il en va de même du corps des femme : il est en moyenne moins poilu que celui des hommes, mais faut-il être totalement glabre pour être une « vraie femme » ?


Les poils, c’est sale

Trouvez-vous que les poils que vous avez sur la tête (les cheveux) sont sales ? Non, au contraire ! Trouvez-vous que les sourcils ou les cils sont dégueulasses ? Non ! Alors, pourquoi les poils présents ailleurs sur le corps féminin (jambes, pubis, aisselles) seraient-ils sales ?

Et surtout, pourquoi ce double standard selon lequel seuls les poils d’une femme seraient dégoûtants, et pas ceux des hommes ?

Par ailleurs, si vous vous rasez ou épilez le pubis pour être « propre », il se pourrait que ce ne soit pas une très bonne idée. En effet, cette pratique semble être un facteur de transmission et d’expansion de plusieurs infections.

Est-ce que les poils des aisselles font sentir mauvais ?

A notre connaissance, seulement deux études se sont penchées sur l’effet de la pilosité axillaire sur l’odeur de transpiration : l’une de 1953 (Shelley et al., « Axillary odor: experimental study of the role of bacteria, apocrine sweat, and deodorants. » Ama archives of Dermatology and Syphilology, 1953) et l’autre de 2012 (Kohoutová et al., « Shaving of axillary hair has only a transient effect on perceived body odor pleasantness. » Behavioral Ecology and Sociobiology, 2012). Que disent-elles ?

L’étude de 1953 montre un effet important, mais transitoire, de l’effet du rasage. Dix hommes ont eu une aisselle rasée, et l’autre non. Les deux aisselles ont été soigneusement lavées. Pendant 48 heures, on a évalué s’il y avait la présence d’une odeur (toutes les deux heures). Du côté rasé, aucune odeur n’a été détectée chez 9 hommes sur 10 pendant 24 h. En revanche, du côté non rasé, une odeur a été détectée chez 9 hommes sur 10 au bout de de 6 h. Quarante-huit heures après le rasage, la proportion d’aisselles odorantes était la même des deux côtés.

Les travaux de 2012 donnent des résultats beaucoup plus mitigés : quatre expériences indépendantes ont été menées sur l’effet du rasage des aisselles sur les odeurs. Cet effet a été évalué quelques heures et  quelques semaines (1, 2, 3 et 6 semaines) après le rasage. A travers les expériences, les résultats fluctuent et ne sont pas très cohérents. La plupart du temps, aucune différence n’est détectée entre les aisselles rasées, les aisselles non-rasées et les aisselles où les poils sont en train de repousser. Quand il y a un effet, il est tout de même généralement en faveur de l’aisselle rasée, mais pas toujours. Ainsi, lors d’une expérience, les aisselles en cours de repousse (avec des poils de taille intermédiaire) ont été notées comme étant plus malodorantes que les aisselles jamais rasées.

Avec ces résultats, difficile d’affirmer que les poils des aisselles font nécessairement sentir mauvais : ils semblent pouvoir favoriser le développement de mauvaises odeurs, mais cela n’a rien de systématique. N’oublions pas que d’autres facteurs entrent en jeu dans le développement de mauvaises odeurs : hygiène personnelle, vêtement porté, etc.

Précisons aussi que l’épilation des aisselles au laser peut augmenter le niveau de transpiration et favoriser les odeurs de transpiration.

L’impact de l’épilation ou du rasage du pubis sur la santé

Il a été suggéré que les microtraumatismes générés par l’épilation ou le rasage du pubis puissent favoriser la transmission et l’expansion de diverses maladies, notamment les infections sexuellement transmissibles, en offrant un point d’entrée aux bactéries et virus1,2. Le rasage peut également permettre une propagation mécanique en déplaçant les agents infectieux2. Il faut noter que diverses bactéries, notamment les staphylocoques, vivent à la surface de la peau sans forcément être pathogènes. Néanmoins, les coupures et autres lésions que génèrent le rasage ou l’épilation, peuvent servir de porte d’entrée à ces bactéries, qui provoquent alors une infection de la peau.

Sur 30 patient∙e∙s ayant consulté un cabinet de dermatologie à Nice pour une infection au virus Molluscum contagiosum (une infection sexuellement transmissible), 28 (93%) avaient retiré leur pilosité pubienne (dont 21 en se rasant)3. Les auteurices de l’étude font l’hypothèse qu’il existe un lien entre la nouvelle mode de la suppression des poils pubiens et l’augmentation des cas d’infection par Molluscum contagiosum ces dernières années. Par ailleurs, dans une autre étude4, portant sur des patient∙e∙s qui avaient consulté pour une infection virales du pubis, le rasage semblait lié à un nombre plus important de liaisons. Les auteurices font remarquer que l’extension des verrues virales et des lésions générées par Molluscum contagiosum  est un phénomène commun après le rasage de la barbe. Le cas d’une jeune fille de 17 ans, présentant une irruption cutanée pubienne a été décrit2. Son irruption était due à une infection au staphylocoque doré (Staphylococcus aureus), une infection qui s’est très probablement propagée localement à cause du rasage pubien. D’autres infections, notamment les verrues génitales, peuvent également apparaître et s’étendre en zone pubienne via le rasage2. Enfin, le rasage et l’épilation peuvent générer des folliculites infectieuses (inflammation d’un follicule pileux due à une infection), parfois très douloureuses2.

Même si ces données restent limitées et que d’autres études sont nécessaires pour établir avec certitude le lien entre rasage/épilation et diverses infections du pubis ou des organes génitaux, elles conduisent à penser que l’élimination de la pilosité pubienne constitue un facteur de risque.

Si les complications décrites ci-dessus sont heureusement relativement bénignes (mais néanmoins souvent bien désagréables), des problèmes de santé graves résultant de l’épilation ou du rasage pubien ont été décrits dans la littérature médicale. Ainsi, en 2006, en Australie, une femme de 20 ans présentant un diabète de type 1 mal contrôlé, a contracté une infection à la bactérie Streptococcus pyogenes et au virus Herpes simplex (l’agent responsable de l’herpès), suite à une épilation à la cire du pubis, de la vulve et de l’anus dans un salon de beauté5. Cette infection se présentait sous la forme d’une inflammation sévère (appelée « cellulite ») et était associée à un choc toxique, c’est-à-dire à une pénétration d’une toxine bactérienne dans le sang. Elle présentait également de la fièvre et un gonflement extrême des organes génitaux. Hospitalisée pendant 10 jours et en arrêt de travail pendant 21 jours, cette infection extrêmement grave aurait pu lui coûter la vie. Six mois après sa première hospitalisation, elle s’est rasée le pubis chez elle, ce qui a provoqué une nouvelle infection et une nouvelle hospitalisation. Malgré cette expérience traumatisante, elle a exprimé le souhait d’à nouveau retirer sa pilosité pubienne.

  1. Rivers, J. K. Souffrir avec le sourire — Les inconvénients de la suppression des poils de la région génitale. J Cutan Med Surg 18, 293–294 (2014).
  2. Trager, J. D. K. Pubic Hair Removal—Pearls and Pitfalls. Journal of Pediatric and Adolescent Gynecology 19, 117–123 (2006).
  3. Desruelles, F., Cunningham, S. A. & Dubois, D. Pubic hair removal: a risk factor for ‘minor’ STI such as molluscum contagiosum? Sex Transm Infect sextrans-2012-050982 (2013). doi:10.1136/sextrans-2012-050982
  4. Castronovo, C., Lebas, E., Nikkels-Tassoudji, N. & Nikkels, A. F. Viral infections of the pubis. International Journal of STD & AIDS 23, 48–50 (2012).
  5. Dendle, C., Mulvey, S., Pyrlis, F., Grayson, M. L. & Johnson, P. D. R. Severe Complications of a ‘Brazilian’ Bikini Wax. Clin Infect Dis. 45, e29–e31 (2007).

Publié initialement sur Antisexisme.net : L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – souffrir pour être belle – la douleur physique


Les femmes sont aujourd’hui libres de garder leurs poils

Peut-on vraiment dire que l’on est libre lorsqu’on risque moqueries, insultes et discrimination ? Plusieurs articles ont révélé la violence subie par les femmes non-rasées et non-épilées :

En bref, il y a les interdits légaux, mais il y a aussi les interdits sociaux, les règles tacites d’une société. S’il n’est pas interdit par la loi de montrer sa pilosité quand on est une femme, il y a un fort interdit social. Les femmes seront réellement libres de garder leurs poils quand la pilosité féminine sera enfin considérée comme quelque chose de normale, une simple partie du corps. C’est tout l’objet de notre combat.


Je suis une femme et je ne souffre pas à cause de la norme du glabre

Si vous êtes une femme, et que vous ne vous sentez pas concernée par notre combat (vous n’avez pas l’impression de souffrir à cause de la pilophobie, voire vous ne la remarquez même pas), cela peut être dû à plusieurs raisons :

  • Vous avez une pilosité claire et/ou peu dense, ce qui fait que vous n’avez pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour être glabre
  • Vous évoluez dans un milieu spécialement tolérant et ouvert
  • Il peut y avoir aussi une question de personnalité, qui fait par exemple que vous êtes peu sensible aux moqueries ou regards
  • (autre)

Mais même si vous ne souffrez pas personnellement de cette injonction, peut-être pouvez-vous tout de même soutenir notre combat, par solidarité avec d’autres femmes, chez qui l’atteinte de l’idéal glabre est un vrai calvaire ?

Par ailleurs, même si vous pensez que notre combat ne peut pas avoir un impact très important dans votre vie, ne pensez-vous pas qu’un assouplissement de la norme du glabre (qui vous permettrait par exemple de vous baigniez même si vous avez quelques poils) pourrait vous rendre la vie plus facile parfois ?

A vous de voir !


C’est vraiment un combat futile !

Est-ce que le combat pour la liberté des femmes est futile ? Non. Or la pilophobie restreint la liberté des femmes : certaines activités (baignades, port de vêtements d’été, etc.) ne sont socialement autorisées aux femmes que si elles ont retiré leur pilosité au préalable.

Est-ce que le combat pour le droit à disposer de son corps est un combat futile ? Non. Nous défendons le droit à refuser la douleur infligée au nom de la Beauté. Nous pensons que les femmes ont le droit de dire « non » à la souffrance, sans pour autant être moquées, discriminées et stigmatisées.

Est-ce que le combat pour le bien-être des femmes est un combat futile ? Non. Or la pilophobie impose des pratiques douloureuses, elle endommage l’estime de soi et elle oblige à toujours anticiper et prévoir (ce qui est source de stress et d’anxiété). Elle fait perdre du temps, de l’énergie et de l’argent aux femmes.

Pour en savoir plus sur les raisons de notre combat, vous pouvez consulter cette page : Pourquoi lutter contre la pilophobie ?


Les hommes aussi entretiennent leur pilosité

Oui, les hommes entretiennent aussi leur pilosité et, oui, cette injonction devient de plus en plus forte pour eux. Cependant, il demeure une différence fondamentale entre hommes et femmes : les hommes doivent seulement veiller à ce que « ça ne dépasse pas trop », quand les femmes sont dans l’obligation de totalement cacher leur pilosité. Que ce soit la pilosité axillaire ou des jambes, « rien ne doit dépasser » (pour le pubis, le « ticket de métro » reste toléré… pour l’instant).

Donc, oui, les hommes rasent leur barbe (quoique de moins en moins avec la nouvelle mode), mais s’ils ont quelques repousses, ça n’a rien de dramatique (au contraire, combien de fois nous a t-on dit qu’une barbe de trois jours, c’était « sexy » ?).

Oui, les hommes des jeunes générations font un peu plus attention à leur pilosité sous les bras ou sur le pubis ; mais en général, ils ne sont pas sommés de tout enlever, juste de couper ce qui dépasse pour éviter l’ « effet buisson ». Entre couper les poils un peu longs et devoir cacher le moindre poil, il y a un monde.

Une étude américaine de 2015 confirme ce fait concernant la pilosité pubienne : oui, la majorité des étudiants américains l’entretiennent, mais la plupart n’enlèvent pas tout, tandis que près de la moitié des étudiantes n’ont plus aucune pilosité au pubis. De même, une majorité d’homme (60%) préfèrent un·e partenaire sans aucun poil pubien, contre seulement 24% des femmes.

Les conseils de QG, magazine de mode masculin, vont aussi dans ce sens : si vous êtes un homme, gardez vos poils, mais coupez-les un peu. Le dos et les épaules sont les deux exceptions : elles doivent être glabres (selon ce magazine). Et encore… : « Pour les ultra-velus, on vous conseille d’accepter votre différence – l’épilation vous ferez entrer dans un cercle vicieux ». Et pour les femmes ? Pas de cercle vicieux avec l’épilation ? Peut-on accepter (et faire accepter) « sa différence » quand on est une femme plus poilue que la moyenne ?

Enfin, précisons que bien que nous considérions que la pilophobie fait principalement du tort aux femmes, nous sommes conscientes qu’elle peut également gâcher la vie de certains hommes. Nous désapprouvons et dénonçons également la stigmatisation des hommes jugés « trop poilus ».


Je suis une femme et je me trouve plus belle sans poils 

Il est normal de se trouver plus belle sans poils : on ne voit jamais de femmes avec des poils ! La pilosité féminine nous semble incongrue, anormale, car elle est rendue invisible et est lourdement stigmatisée. Si l’on voyait davantage de poils féminins dans les films, dans les pubs et dans la série, ne les trouverions-nous pas moins laids, y compris sur nous ?

Par ailleurs, même si vous vous trouvez plus belle sans poils, ne pensez-vous pas que notre combat puisse vous rendre la vie plus facile ? Par exemple, si vous aviez la possibilité de sortir en ayant des poils, sans attirer les regards ?


Je suis un homme et je préfère les femmes sans poils

Dans notre société, les femmes sont principalement définies en fonction de leur apparence physique, leur capacité à plaire et à exciter les hommes. C’est l’une des manifestation de ce que l’on appelle l’objectification sexuelle.

Dans une société où le corps des femme est conçu avant tout comme un objet décoratif ou sexuel, les femmes assimilent l’idée selon laquelle leur corps doit avant tout plaire aux hommes (quitte à le modifier à l’aide de pratiques douloureuses, voire dangereuses), et oublient qu’il peut également leur être utile, à elles : il peut être fort et leur permettre de se défendre ou de porter des objets ; il peut être rapide, souple et leur permettre d’explorer le monde et de réaliser des exploits sportifs ; enfin, il peut leur apporter des moments de plaisir et de le joie. La « beauté » des femmes est tellement valorisée qu’elle passe avant certains droits fondamentaux des femmes, comme celui de ne se voir infliger des traitements douloureux et inutiles, par exemple.

Notre collectif s’inscrit dans cette lutte contre l’objectification sexuelle : messieurs, les femmes ont le droit de se sentir à l’aise dans le corps, de ne pas le maltraiter pour votre bon plaisir.


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