Pourquoi lutter contre la pilophobie ?

Plusieurs raisons nous poussent à lutter contre la pilophobie et la norme du glabre. Déroulez pour voir nos explications détaillées.

 Parce qu’elle fait physiquement mal

Ce n’est un secret pour personne : s’épiler est douloureux, que ce soit à la pince à épiler, à la cire, à l’épilateur, à l’électrolyse, au laser ou à la lumière pulsée. Et c’est sans parler des effets secondaires qui ajoutent de la douleur à la douleur : brûlures, poils incarnés, etc.
Le rasage est moins douloureux, mais doit être plus fréquemment réalisé. De plus, il peut aussi provoquer des coupures, des démangeaisons et des abrasions.

Exemple : quelques effets indésirables liés au rasage ou à l’épilation du pubis…

Une étude américaine a été effectuée sur 333 femmes âgées de 16 à 40 ans qui retirent ou retiraient leur pilosité pubienne, issues de différentes classes sociales et ethnies. Cette étude indique que la majorité (59.5%) de ces femmes a rencontré au moins un effet indésirable à cause du rasage ou de l’épilation de la pilosité pubienne. Ces complications étaient : des abrasion épidermique (36.7% des femmes), l’apparition de poils incarnés (32.7%), des démangeaisons sévères (21.1%), des coupures (18.4%), des éruptions cutanées (13.2%) et des allergies (2.1%). Notons que des techniques très diverses de retrait des poils pubiens étaient utilisées par cet échantillon : rasage à la lame (89.5% des femmes), crème dépilatoire (16%), rasoir électrique (15%), taille (11.8%), épilation à la cire (7.2%), épilation laser (<1%) ou à la pince à épiler (<1%).

C’est justement à cause de ce type d’effets secondaires que 40.9% des femmes qui avaient l’habitude de se raser ou de s’épiler le pubis ont arrêté de le faire. Il s’agit de la raison la plus fréquente de cet arrêt.

Référence : DeMaria, A. L., Flores, M., Hirth, J. M. & Berenson, A. B. Complications related to pubic hair removal. American Journal of Obstetrics and Gynecology 210, 528.e1-528.e5 (2014).

Extrait de « L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – souffrir pour être belle – la douleur physique » paru sur Antisexisme.net.

Nous considérons qu’il est tout à fait injuste d’imposer des pratiques aussi douloureuses aux femmes.


Parce qu’elle endommage l’estime de soi

Dès la puberté, les jeunes filles apprennent à retirer la pilosité qu’elles ont tout fraîchement acquise : celle des jambes, des aisselles, mais aussi du pubis. En effet, l’injonction à un pubis glabre, encore assez souple il y a encore quelques années, devient de plus en plus forte .

L’âge auquel les filles commencent à retirer leurs poils

Plusieurs études confirment ce qu’on sait déjà : la majorité des femmes ont commencé à retirer les poils de leurs jambes et de leurs aisselles, dès le moment de la puberté, à l’âge de 12-14 ans1,2,3. Quant au pubis, ce serait vers l’âge de 15 ans que les jeunes fille commenceraient à le raser ou à l’épiler4.

1. Terry, G. & Braun, V. To let hair be, or to not let hair be? Gender and body hair removal practices in Aotearoa/New Zealand. Body Image
599–606 (2013).
2. Tiggemann, M. & Hodgson, S. The Hairlessness Norm Extended: Reasons for and Predictors of Women’s Body Hair Removal at Different Body Sites. Sex Roles 59, 889–897 (2008).
3. Basow, S. A. The Hairless Ideal: Women and Their Body Hair. Psychology of Women Quarterly 15, 83–96 (1991).
4. DeMaria, A. L., Sundstrom, B., McInnis, S. M., & Rogers, E. (2016). Perceptions and correlates of pubic hair removal and grooming among college-aged women: a mixed methods approach. Sexual health, 13(3), 248-256.

Le pubis glabre : une norme de plus en plus forte.

En 2016 aux Etats-Unis, seulement une très faible minorité (3.2%) de jeunes femmes (18-24 ans) n’auraient jamais rasé ou épilé leur pubis de leur vie1. Une étude américaine de 2010 indique les chiffres suivant : 88% des femmes américaines âgées de 18 à 24 ans épileraient/raseraient leur pubis (21% de manière intégrale) contre 48% des femmes de 50 ans ou plus (2.1% de manière intégrale)2.

1. DeMaria, A. L., Sundstrom, B., McInnis, S. M., & Rogers, E. (2016). Perceptions and correlates of pubic hair removal and grooming among college-aged women: a mixed methods approach. Sexual health, 13(3), 248-256.
2. Herbenick, D., Schick, V., Reece, M., Sanders, S. & Fortenberry, J. D. Pubic Hair Removal among Women in the United States: Prevalence, Methods, and Characteristics. The Journal of Sexual Medicine 7, 3322–3330 (2010).

Ainsi, dès que leur corps se transforme et commence à présenter des poils, les filles apprennent qu’elles doivent absolument le modifier, au risque de paraître extrêmement repoussantes. Par exemple, en 2014, Le Dico des Filles, un ouvrage qui s’adresse aux filles de 12 à 16 ans, écrivait cela :

En France, l’usage veut qu’on s’épile. Les gens seraient choqués de vous voir avec des poils sous les aisselles: c’est supposé être très laid. En fait, cela peut donner l’impression qu’une femme ne prend pas soin d’elle ou pire, qu’elle est sale. (p. 356, source)
Comment peut-on développer une image positive de soi si notre corps est considéré comme étant, au naturel, dégoûtant ? Combien de filles ou de femmes ont pu penser « Je suis vraiment un monstre » après une période un peu longue de non-épilation ou de non-rasage ? Quel impact sur l’estime de soi ?

Parce que c’est une lutte interminable

Le retrait des poils ressemble au supplice de Sisyphe. Dans la mythologie grecque, celui-ci a été condamné par les dieux  à faire monter en haut d’une colline un énorme rocher, qui redescend à chaque fois. Chaque jour, il doit recommencer sa pénible tâche.

Il en va de même avec l’épilation ou le rasage : on n’est jamais tranquille une fois pour toute. A l’exception de l’épilation à l’électrolyse (très douloureuse, longue et coûteuse), aucune méthode de retrait des poils n’est réellement définitive.

De plus, alors que le retrait des poils est présenté comme une « solution » au « problème » de la pilosité féminine, il peut en réalité générer d’autres problèmes, qui nécessiteront encore d’autres « solutions ». C’est un cycle sans fin.

Ainsi, certaines femmes développent des poils incarnés, douloureux et jugés peu esthétiques. Heureusement, on vous l’a dit, il y a des « solutions » ! Bien entendu, ces « solutions » (crèmes diverses, gommages,  brossage de la peau, etc.) ne sont pas gratuites et vont demander un certain temps et une certaine énergie afin d’être appliquées.

Autre problème que peut provoquer l’épilation, cette fois-ci des aisselles : l’hyperhidroseautrement dit une augmentation de la transpiration, accompagnée parfois de mauvaises odeurs. Cet effet secondaire a été démontré pour l’épilation laser, mais existe peut-être avec d’autres techniques d’épilation.

Enfin, on peut citer la « repousse paradoxale ». Elle consiste en l’apparition de poils plus épais et plus noirs dans la région traitée par l’épilation ou dans les zones adjacentes. C’est un effet indésirable avéré de l’épilation au laser, qui concerne surtout les régions du cou ou du visage. Là encore, des âmes charitables (ou plutôt, qui ont flairé le bon filon) nous proposent des « traitements » (c’est-à-dire de nouvelles séances de laser).

Imaginez que vous soyez une femme avec des poils sur le menton. Très complexée, vous décidez de faire des séances de laser pour enfin vous en débarrasser. Même si ça constitue un petit budget, vous vous sentez extrêmement soulagée. Sauf que… les poils repoussent encore plus épais, et même dans les régions adjacentes à la zone épilée. Dans une société où la pilosité féminine est tellement stigmatisée, vivre une telle expérience s’apparence à un cauchemar.

La repousse paradoxale après l’épilation au laser

La repousse paradoxale est un effet secondaire de l’épilation au laser. C’est un phénomène qui concerne plus particulièrement l’épilation du cou et du visage1. Les personnes ayant la peau foncée, les poils noirs et épais et présentant des problèmes hormonaux sont plus susceptibles d’être touchées1.

On ne sait pas exactement à quel point ce phénomène est fréquent, car des taux très variables ont été trouvés dans les études. La prévalence irait de 0,6% à 10% selon une review1. Dans une étude plus récente, portant sur 90 femmes ayant subi des séances d’épilation au laser, un tiers d’entre d’elles étaient concernées2 (le problème semble néanmoins avoir été résolu pour la plupart d’entre elles avec davantage de séances de laser).

Exemple de repousse paradoxale chez une femme de 22 ans après deux sessions d’épilation laser (Desai et al., Dermatologic Surgery, 2010).

1. Desai, S., Mahmoud, B. H., Bhatia, A. C., & Hamzavi, I. H. (2010). Paradoxical hypertrichosis after laser therapy: a review. Dermatologic Surgery36(3), 291-298.
2. Uyar, B., & Saklamaz, A. (2012). Effects of the 755‐nm Alexandrite laser on fine dark facial hair: Review of 90 cases. The Journal of dermatology39(5), 430-432.

La repousse paradoxale concerne t-elle d’autres méthodes d’épilation ? Le rasage rend t-il le poil plus épais ?

Est-ce que d’autres méthodes de retrait des poils pourraient être sujettes à la « repousse paradoxale » ? Ce n’est pas très clair…

Sur certains sites de professionnels de l’épilation, on peut par exemple lire que « les repousses paradoxales sont provoquées par l’épilation au rasoir, à la pince, à la lumière pulsée et parfois également à la cire ». Cependant, aucune étude n’est citée pour étayer ces propos. A notre connaissance, la repousse paradoxale n’a pas été démontrée en-dehors du cas de l’épilation au laser.

Est-ce que le rasage rend le poil plus épais ? C’est très certainement un mythe. Comme le poil n’est pas vivant, il n’est pas capable de réagir à la coupe. Ce mythe proviendrait d’une illusion optique : le poil rasé parait plus épais.

Néanmoins, les poils n’ont pas encore livré tous leurs secrets… D’autres études sont nécessaires pour connaître l’effet de l’épilation et du rasage sur la pousse des poils et sur leur pigmentation.


Parce qu’elle alourdit la charge mentale des femmes

Récemment, le concept de « charge mentale » a été popularisé par la dessinatrice Emma. Ce terme désigne le travail, invisible, d’anticipation et d’organisation réalisé par les femmes.

La norme du glabre alourdit encore davantage la charge mentale. C’est bientôt l’été ? Vite, il faut prendre rendez-vous chez l’esthéticienne. On vous propose d’aller à la plage demain ? Mince ! Il va falloir trouver d’ici-là un créneau pour l’épilation du maillot ! Vous allez bientôt voir un homme ou une femme qui vous plaît et avec le/laquelle quelque chose peut aboutir ? Epilation ou rasage obligatoire ! Certaines femmes prennent aussi soin de s’épiler et de se raser avant leur rendez-vous chez le/la gynécologue… Des tâches qui s’ajoutent à la « todo list » déjà bien chargée des femmes.

En bref, il faut toujours prévoir et anticiper, au risque de se retrouver dans une situation « gênante » (gênante dans une société pilophobe). Quelle perte de temps et d’énergie. Si la pilosité des femmes était perçue comme quelque chose de normale, les femmes auraient clairement l’esprit plus libre.


Parce qu’elle nous empêche de vivre notre vie

Les femmes qui n’ont pas pu anticiper, ou qui n’ont tout simplement pas eu le temps, s’interdisent certaines activités à cause de leurs poils.

Imaginez, on est au mois de novembre, vous allez partir en déplacement le lendemain avec d’autres collègues. Et là, vos collègues (c’est toujours des hommes qui disent ça, en général, car eux n’ont pas conscience de l’anticipation que ça demande) vous disent  : « Ah tiens, il y a une piscine à l’hôtel ! Pensez à prendre vos maillots, on ira faire un saut demain avant d’aller manger ».

Une évidence pour eux. Pas pour vous, qui êtes une femme en automne, et qui n’êtes pas nécessairement parfaitement épilée.

Eux n’ont qu’à pensez à leur maillot. Vous, vous songez surtout au temps que cela peut prendre de vous épiler ou raser.

Résultat : vous n’irez pas à la piscine avec eux. Vous prétexterez que vous avez oublié votre maillot (« Ah ! Mais il y en à vendre à la boutique » vous rétorquera sans doute un collègue).

Témoignage d’une membre du collectif « Liberté, Pilosité, Sororité »

A une époque, j’avais décidé d’aller régulièrement à la piscine. J’avais pris l’habitude d’y aller une fois par semaine, mais j’ai dû arrêter à cause de la gestion de ma pilosité. J’ai beaucoup de poils : les épiler est extrêmement douloureux et très long. Le rasage est plus supportable, mais nécessite d’être refait chaque semaine. Et vu que j’ai beaucoup de poils, ça prend quand même pas mal de temps… Et je ne parle pas des poils incarnés qui apparaissent à coup sûr et donnent d’affreux boutons. C’est pour moi une source de stress et d’anxiété intense, sans parler du temps que j’y passe !

La seule solution serait à mon avis l’épilation laser. Mais étant féministe et trouvant cette norme du glabre injuste, j’ai décidé de pas la faire pour le moment.

En attendant, je ne vais plus du tout à la piscine. J’envie mon compagnon qui n’a qu’à penser à prendre son maillot pour y aller…

C’est pareil dans d’autres situations. Si vous n’avez pas pu enlever vos poils, vous ne pourrez pas mettre de shorts ou de jupes. Vous vous sentirez mal à l’aise chez le/la médecin. Vous n’irez pas plus loin avec la personne que vous désirer.

Bref, des comportements d’évitements qui n’auraient pas lieu d’être si la pilosité féminine était normalisée.

Pour celles qui décident de braver l’interdit, ce n’est pas non plus toujours évident : la peur des regards et des insultes peut pousser aussi à certains comportement d’auto-restriction, comme éviter de lever les bras.

Parce que c’est une perte de temps et d’argent

L’épilation et le rasage, ça prend du temps et ça coûte de l’argent. Pour avoir une peau glabre, le rasage demande à être renouvelé tous les 2-3 jours, l’épilation à la cire ou à l’épilateurs toutes les 3-4 semaines, environ. Et ça, c’est sans parler des soins de gommage, hydratation, etc. nécessaires pour éviter la survenue de poils incarnés. Quant à l’épilation définitive, elle est coûteuse et demande un grands nombre de séances.

Tout cela sans compter également le temps d’organisation et de logistique (prises de rendez-vous, temps de transport pour se rendre chez le médecin ou l’esthéticienne, etc.).

Prix et nombre de séances d’épilation laser nécessaires pour chaque zone du corps

 

Zone du corps à épiler Prix moyen/séance Nb de séances nécessaires
Duvet 40 à 50 euros 5 à 7 séances
Aisselles 50 à 75 euros 5 à 7 séances
Bras 120 à 150 euros 5 à 7 séances
Maillot Classique 60 à 120 euros 6 à 8 séances
Maillot Brésilien 75 à 150 euros 6 à 8 séances
Maillot intégral 100 à 200 euros 6 à 8 séances
Demi-jambes 150 à 175 euros 6 à 8 séances
Jambes entières 200 à 400 euros 8 à 10 séances

Source : le site Epil.fr


Parce qu’on ne sait plus à quoi ressemble le corps des femmes

Plusieurs d’entre nous, en laissant pousser leur pilosité naturelle, se sont demandées : « Est-ce que je suis normale » ? On ne dispose d’aucune référence. Nulle part nous ne voyons des corps de femmes laissés au naturel. Nous n’avons pas vraiment idée de la variabilité naturelle de la pilosité féminine. En bref, nous sommes maintenues dans l’ignorance de notre propre corps, ce qui, bien entendu, génère encore davantage de complexes et de haine de soi.

A plusieurs reprises, nous avons pu lire, sur des forums ou des groupes féministes, des témoignages de femmes non-épilées et non-rasées qui racontaient à quel point les enfants sont surpris·es à la vue de leurs poils : « Mais, les femmes, ça n’a pas de poils… Comment ça se fait que tu en as ? ». Cette partie du corps féminin est tellement haïe, tellement invisibilisée, que les enfants en ignorent l’existence !


 

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