[COMMUNIQUÉ] Réaction à l’émission et au reportage de France 2

Malcy, membre de notre collectif, et Orlane sont deux femmes qui ont arrêté de s’épiler et qui ont témoigné pour France 2 vendredi 14 juin dans l’émission « C’est au programme » [Lien vers le reportage].

On remercie la journaliste Anne-Marie Revol de prendre ce sujet à cœur. 

On regrette néanmoins les propos misogynes, pilophobes (« C’est moche, très très moche ») ou simplement méprisants (« On aura tout fait dans cette émission ») qui ont fusé sur le plateau à la suite du reportage. Sophie Davant et tous les hommes présents sur le plateau ont tourné en ridicule le sujet par des sourires moqueurs. Lorsqu’Anne-Marie Revol souligne que « C’est courageux de parler face caméra », on entend Sophie Davant s’exclamer : « Ah, ça c’est sûr ! » pour marquer la distance avec les femmes du reportage.

Nous sommes déçues également que le sujet se soit conclu par une demande de validation du physique féminin par les hommes présents (« Pas facile, alors chacun se fait son opinion… avec ou sans ? »), à laquelle chacun a répondu en exprimant son dégoût. Répétons-le : les goûts masculins importent peu, chaque femme est libre de disposer de son corps pour elle-même. Ce n’est pas en demandant l’approbation des hommes que les femmes se libéreront.

À plusieurs reprises, la pilosité des femmes a été ramenée à la masculinité. Le reportage s’ouvre avec une chanson de Démis Roussos et des jeux de mots douteux (« une chanson au poil », « lui était velu »). Les hommes du plateau affirment à plusieurs reprises qu’eux sont poilus (« en vieillissant, ça sort de partout, les oreilles, le nez, c’est horrible »). À la toute fin, un autre homme de l’émission ouvre sa chemise, montrant sa pilosité ventrale en déclarant « Moi, si vous voulez, je suis assez poilu », ce qui provoque des « Aaaah » mi-dégoûtés mi-amusés.

Nous ne les remercions pas de ridiculiser les poils, de nier l’oppression spécifique des femmes concernant leur pilosité et d’associer pilosité féminine et masculinité. Deux stratégies pour soit renforcer le tabou (une vraie femme n’a pas de poils), soit prétendre que c’est un non-sujet, alors même que c’est précisément l’objet du reportage.

Ce n’est qu’une illustration de plus du tabou qui entoure la pilosité des femmes, qu’on essaie à tout prix de ramener au masculin.  On voit que le préjugé qui associe féminité et glabre est ancré et tenace. 

Le reportage est, lui, construit avec honnêteté et respect. Nous regrettons néanmoins le côté sensationnaliste dans le montage des images, avec à plusieurs reprises des gros plans sur les poils, ainsi que les images d’illustration du début qui montrent des bandes de cire arrachées sur des jambes déjà glabres. Le poil est invisibilisé dans ces images, comme l’est le sang des règles symbolisé par du liquide bleu dans les publicités pour protections hygiéniques.

En dehors du reportage d’Anne-Marie Revol lui-même, il y a un contraste frappant entre les propos tenus sur le plateau de « C’est au programme » sur France 2 et le traitement correct et respectueux du sujet par Olivier Delacroix sur Europe 1, qui avait osé construire l’émission autour de la pression et de la norme du glabre.

Néanmoins, nous continuerons à lutter contre la norme du glabre et les autres injonctions à la « beauté » qui pèsent sur les corps féminins, et pour la liberté des femmes à se réapproprier leurs corps. 

En conclusion, cette séquence nous a semblé illustrative des résistances masculines face aux revendications féministes. Une femme journaliste, Anne-Marie Revol, a tenté de créer une prise de conscience sur le sujet de l’injonction au glabre avec son reportage. Sur le plateau, les hommes ont rapidement tourné en ridicule cette thématique, avec malheureusement l’aval d’une femme, Sophie Davant. C’est hélas un classique dans les luttes féministes : la question des violences masculines à l’encontre des femmes a aussi été minimisée et ridiculisée pendant longtemps. C’est grâce au travail acharné des féministes qu’il y a eu une prise de conscience plus générale, même s’il reste encore beaucoup à faire.

Bref, nous continuons notre combat ! 

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